1) Le
constat
Il y a la terre, l’eau, l’air, la vie. Les chiffres français sont … A vous de juger :
Pour la terre, si je me fie à Claude et Lydia Bourguignon, du Laboratoire d'Analyse Microbiologique des Sols, la terre est morte à 80%
(sourceTerre à terre - France Culture). L’utilisation massive de produits phytosanitaires ont tué et tuent les organismes ; de la bactérie, en passant par les
champignons, et bien sûr les ch’tites vilaines bébêtes.
Pour l’eau, je ne dispose que des chiffres 2006 où l’institut français de l’environnement a publié ses conclusions sur la qualité
des eaux françaises :
-
96% des eaux superficielles contiennent des pesticides,
-
61% des nappes souterraines en contiennent aussi,
-
49% des eaux de surfaces sont de qualité moyenne ou mauvaise. (source : JM Pelte – France Inter).
Pour l’air, je pense qu’il est inutile de faire un dessin, nous sommes abreuvés d’informations sur les gaz à effet de serre, le taux
de CO2, les fumées, la dioxine et les gaz irritants… Concernant le réchauffement climatique, je souhaiterais juste rappeler le caractère irréversible de cette situation
(ce sont les termes utilisés par le GIEC).
Enfin pour la vie, l'UICN a mis à jour sa liste rouge des espèces menacées. Comme on pouvait s'y attendre, la situation continue
à se dégrader et la liste d'espèces en voie de disparition atteint désormais 16 119 espèces animales.
2) La cause
Depuis l’ère industrielle, la productivité, la rentabilité, le rendement sont très importants car ils traduisent la « bonne santé » économique d’une entité. Pour y voir
le plus clair possible dans toute cette complexité, il a fallu élaborer des indicateurs économiques simples. On peut les voir comme une référence chiffrée traduisant la santé d’une société. Il y
a le PIB, le taux de croissance …
Sur ce principe même, je suis en désaccord lorsqu’ils deviennent la seule référence décisionnelle. Un ou deux indicateurs chiffrés ne sont pas le reflet fidèle de notre société
dans toute sa complexité.
Si c’était vraiment le cas, pourquoi n’a-t-on pas aussi tenté d’évaluer les qualités des personnes par une note ? On pourrait ainsi nous classer du meilleur au moins bon et
ainsi prioriser les soins, définir des seuils d’intérêts. Dans notre délire, on pourrait aussi quantifier les qualités d’un enfant à sa moyenne générale en classe. Peut-on réellement faire le
constat qu’un enfant est bien ou non en interprétant sa moyenne ? Evidemment non. (Quoique mon père l’a bien fait).
Pourtant l’économie fonctionne un peu sur ce principe, elle intègre des paramètres qui lui sont propres, mais ne reflète pas la totalité et notre
complexité. Par exemple, les qualités de vie et environnementales ne sont pas prises en compte tant qu’elles ne génèrent pas de l’activité.
…Car, c’est vrai, aujourd’hui les indicateurs de production ne reflètent pas ce qui nous importe vraiment : prenons par exemple l’aptitude à la paix civile, le
degré de cohésion sociale, la qualité des ressources naturelles, rien de cela n’apparaît dans la fabrication du PIB. Pire les accidents et les malheurs, les réparations de bâtiments détruits ou
les dépenses de santé après une catastrophe, augmentent la richesse d’une nation. (Du grain à moudre – France Culture)
L’ironie est que même l’homme en tant qu'individu pourvu de sentiments et de vie de famille est exclu de ces calculs. Il devient un élément comme une marchandise que l’on déplace,
bouscule en fonction du seul intérêt économique. Il est passé du statut de créateur à celui de victime. L’économie a pris les commandes du monde et nous subissons
ses humeurs.
Pour la satisfaire, on augmente le rendement, on produit à faible coût. Malheureusement, croître dans un monde fini (avec des limites) est impossible.
Ces limites sont atteintes. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer la terre, l’eau, l’air, la vie. L’expression scier la branche sur laquelle nous sommes assis prend vraiment
tout son sens.
Pourquoi tout cela ? Et bien pour l’argent. C’est bien connu que l’argent fait le bonheur. Plus nous en possédons, plus notre capacité d’achat augmente, plus nous sommes
heureux !
La science économique a longtemps vécu sur un postulat selon lequel le bien-être croît avec le revenu, ou avec la richesse. Or, comme le fait remarquer Richard
Layard, économiste britannique influent, longtemps conseiller de Tony Blair, « au cours des 50 dernières années, nous avons eu de meilleures maisons, plus de vêtements, de plus longues vacances
et surtout une meilleure santé. Pourtant les sondages montrent clairement que le degré de bonheur n’a augmenté ni aux Etats-Unis, ni au Japon, ni en Europe ». C’est ce qu’on appelle le paradoxe
d’Easterlin, du nom de l’économiste qui l’a mis en évidence dès 1974 : une hausse du PIB ne se traduit pas nécessairement par une hausse du « bonheur national brut ». En dépit d’une croissance
économique continue, la satisfaction de vie des occidentaux stagne depuis 30 ans au moins. (Du grain à moudre – France Culture)
Mais que nous soyons heureux ou pas, n’est pas important. Ce qui l’est par contre, c’est que nous devons consommer toujours plus pour augmenter la croissance économique et faire
tourner toute cette belle machinerie mondiale. Cette envie n’est ni innée, ni naturelle mais nous savons très bien la susciter.
Je suis publicitaire : eh oui, je pollue l’univers. Je suis le type qui vous vend de la merde. Qui vous fait rêver de ces choses que vous n’aurez jamais.
Ciel toujours bleu, nanas jamais moches, un bonheur parfait, retouché sur PhotoShop. Images léchées, musiques dans le vent. Quand, à force d’économies, vous réussirez à vous payer la bagnole de
vos rêves, celle que j’ai shooté dans ma dernière campagne, je l’aurai déjà démodée. J’ai trois vagues d’avance, et m’arrange toujours pour que vous soyez frustrés. Le Glamour, c’est le pays où
l’on n’arrive jamais. Je vous drogue à la nouveauté, et l’avantage avec la nouveauté, c’est qu’elle ne reste jamais neuve. Il y a toujours une nouvelle nouveauté pour faire vieillir la
précédente. Vous faire baver, tel est mon sacerdoce. Dans ma profession, personne ne souhaite votre bonheur, parce que les gens heureux ne consomment pas.
Votre souffrance dote le commerce. Dans notre jargon, on l’a baptisée « la déception post-achat ». Il vous faut d’urgence un produit, mais dès
que vous le possédez, il vous faut un autre. L’hédonisme n’est pas humanisme : c’est du cash-flow. Sa devise ? « Je dépense donc je suis. » Mais pour créer des besoins, il
faut attiser la jalousie, la douleur, l’inassouvissement : telles sont mes munitions. Et ma cible, c’est vous. (Frédéric Beigbeder – 99 francs)
Tout cela pour qui et pourquoi ?